Pêche blanche sur le Lac Saint-Jean

Gaétan Perron

Pêcheur

Forme d'expression

Intérêt patrimonial

La pratique de la pêche blanche au Lac-Saint-Jean se transmet d'une génération à l'autre au sein des familles de la région. Elle est devenue un lieu de rassemblements privilégiés des pêcheurs. Cette activité s'effectue à l'aide de brimbales, à l'extérieur, ce qui caractérise la pêche blanche dans cette région.

  • Des lois et des quotas sont mis en places afin d'encadrer la pratique et d'en assurer la pérennité.

Description de la forme d'expression


La pêche blanche sur le lac Saint-Jean est une pratique très populaire durant les mois d’hiver. La saison s’étend généralement des mois de décembre à mars. Avant d’installer les cabanes, il faut sonder la glace afin de déterminer si l’épaisseur est sécuritaire pour porter le poids des pêcheurs, des cabanes et des marchandises. Cette épaisseur doit être au minimum de 3 pouces. À cette épaisseur, la glace est assez solide pour porter le poids d’un humain et de son équipement. Il est cependant recommandé d’attendre que la glace ait atteint une épaisseur supérieure à 6 pouces avant d'installer la pêche, car la présence de nombreux pêcheurs dans un même périmètre restreint pourrait fragiliser la glace et rendre la zone non sécuritaire. Les pêcheurs commencent à sonder la glace au début du mois de décembre et peuvent parfois revenir à plusieurs reprises avant de pouvoir s’installer sur le site. L’installation de la cabane est l’une des premières étapes de la mise en place du camp de pêche. Les pêcheurs trainent leurs cabanes à l’aide de motoneiges sur les glaces du lac. Lorsque les conditions de glace ou lorsque que les cabanes sont trop grosses pour la force d’une seule motoneige, il vont alors utiliser deux engins. Les cabanes servent principalement à offrir un abri aux pêcheurs. Elles sont généralement équipées d’un petit poêle à bois et d’une table. Des trappes sont également aménagées dans le plancher afin de pouvoir utiliser une canne à pêche. Cependant, l’une des caractéristiques de la pêche sur le lac Saint-Jean est qu’elle s’effectue à l’extérieur. Pour ce faire, le pêcheur perce plusieurs trous et installe des brimbales. Les premiers trous de la saison sont percés à l’aide d’une tranche en métal, puis avec une perceuse à essence lorsque la glace devient trop épaisse. Une fois les trous percés, le pêcheur va utiliser une louche dont la cuillère est percée de petits orifices afin d’enlever les débris de glace obstruant l’ouverture. Par la suite, le pêcheur installe une brimbale à chaque trou. Une fois cette étape passée, le pêcheur n’a plus qu’à attendre que le poisson morde. Il doit régulièrement faire une tournée des trous afin de les déglacer. Il en profitera également pour faire "dandiner" ses lignes, ce qui excite le poisson et augmente les chances de le faire mordre à l’hameçon. Différentes espèces de poissons sont pêchées sur les glaces du lac Saint-Jean en hiver. Les plus populaires sont le doré et la lotte. Les appâts utilisés pour la pêche au doré sont spécifiques à cette espèce. En effet, le pêcheur se procure de l’éperlan argenté. On pêche cette espèce vers la fin mai dans le nord du lac Saint-Jean, dans les environs de Notre-Dame-de-Lorette. Cette espèce d’éperlan se capture à contrecourant à l’aide de filet rigide. Les petits poissons sont ensuite congelés et, l’hiver suivant, accrochés au bout des hameçons. Les brimbales servent d’ailleurs à la pêche au doré. La lotte étant un poisson de fond, on doit utiliser une technique spéciale pour la pêcher : la ligne dormante. Cette ligne, d’une longueur de 150 à 200 pieds, peut comporter jusqu’à un maximum de 20 hameçons. La ligne est dite « dormante », car elle est laissée dans le fond de l’eau. Une telle ligne de pêche prend environ deux heures à installer. Un autre type de ligne dormante existe aussi. Il s’agit d’une barre de métal à laquelle sont accrochés entre 3 et 5 hameçons. Une fois le poisson sorti de l’eau, il faut le préparer le plus tôt possible afin d’éviter qu’il ne gèle. La pêche sur le lac Saint-Jean est véritablement une activité de loisir. La pêche à la brimbale ne nécessitant pas vraiment une participation active du pêcheur, les gens se regroupent en petit village afin de pouvoir aller se promener chez les voisins et discuter. La cabane sert d’ailleurs d’endroit pour se regrouper et s’amuser à l’abri du froid, entre amis. Cet aspect social de la pêche sur le lac Saint-Jean est en fait l’une des plus grandes caractéristiques de cette pratique.


Apprentissage et transmission


Au Lac Saint-Jean, la pêche blanche est un savoir-faire qui se transmet au sein du milieu familial depuis plusieurs générations. Par exemple, Gaétan Perron a appris à pêcher à l’âge 5 ans. Il suivait son père au bout du quai de Saint-Prime. Il utilise encore aujourd’hui les mêmes techniques que son père lui a enseignées. Ces techniques se transmettent de génération en génération dans la famille Perron. Même s’il n’a pas d’enfants, Gaétan Perron affirme qu’il est important pour lui de perpétuer la pratique. Il a d’ailleurs montré les techniques de pêche blanche à ses amis et à certains de ses proches parents. Selon lui, les enfants, dont les parents ne sont pas pêcheurs, n’ont pas d’intérêts à exercer cette pratique. Il est donc très important que les parents qui connaissent les techniques les transmettent à leurs enfants.

Historique général


Lorsque Gaétan Perron a commencé à pêcher avec son père, il y avait beaucoup plus de poissons. Il y avait alors moins de pêcheurs. Il était donc possible de pêcher au bord du lac. Cependant, avec l’augmentation du nombre de pêcheurs, il faut maintenant se rendre beaucoup plus loin de la rive afin d’avoir de bonnes prises. De plus, la pêche est aujourd’hui fortement règlementée. Ainsi, chaque brimbale doit rester sous surveillance. Lorsque le pêcheur doit s’absenter du lieu de pêche, il doit retirer celle-ci de l’eau. Un fort aspect social est lié à la pêche blanche. Les pêcheurs se regroupent généralement à certains endroits précis en formant de petits villages, ce qui favorise les échanges entre eux.


Localisation complémentaire

  • Ville : Saint-Prime

Sources

  • Nom du facilitateur ou des facilitateurs : Anne-Marie Royer et Mathieu Allard
  • Date d'entrevue : 2010-02-20
  • Nom de l'indexeur ou des indexeurs : Mathieu Allard

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