Soirées de musique et danse traditionnelles québécoises

Lionette Latulippe et Denise Paquette

Directrice et trésorière

Forme d'expression

Intérêt patrimonial

Les Soirées de musiques et danses traditionnelles au parc des Prairies sont parmi les seuls événements populaires permettant la transmission et la pratique des musiques et danses traditionnelles québécoises en contexte de loisir à Laval. Bénéficiant d’une reconnaissance sociale établie, l’organisme Danseurs et musiciens de l’Île Jésus est soutenu par la Ville de Laval pour organiser ces soirées. La municipalité offre un libre accès aux installations du parc des Prairies. Des musiciens et calleurs significatifs dans le domaine de la musique et de la danse traditionnelle au Québec, tels que Marcel Pigeon, Germain Leduc (musiciens), Gérard Morin (danseur calleur) y participent afin de transmettre leurs répertoires musicaux et les chorégraphies de danse.

  • Enregistrements sonores et vidéos

Description de la forme d'expression


Marcel Pigeon et compagnie au parc des Prairies, 2011, © IREPI

Les Soirées de musiques et danses traditionnelles du parc des prairies sont un événement hebdomadaire convivial et informel, selon Madame Latulipe, actuelle présidente et directrice des Danseurs et Musiciens de l’Ile Jésus. L’ organisme est le fondateur et responsable de la tenue de ces soirées depuis 2007. Un noyau composé de musiciens professionnels et amateurs et de danseurs se donnent rendez-vous toutes les semaines durant la saison estivale afin de pratiquer, mais aussi de diffuser dans un mode participatif, la musique et la danse traditionnelle du Québec. Selon la température, l’activité a lieu chaque mardi soir entre 19h00 et 22h00 en plein air au parc des Prairies, à Laval des Rapides. La ville de Laval met « le chalet » à la disposition des organisateurs et participants. Au début de la soirée, les musiciens s’installent en demi-cercle par section, guitare, accordéon, violon, à l’extrémité d’un plancher cimenté. Ils bénéficient du système d’amplification et d’une console de mixage prêtés par la ville. Un autre demi-cercle composé de chaises sur lesquelles s’installent les danseurs, participants ou simples curieux, délimite l’espace de danse. Un groupe de musiciens inconditionnels assure la tenue de l’événement. La présence d’un calleur permet l’exécution des danses traditionnelles québécoises, dont les plus populaires sont le brandy, le set carré et la valse.
C’est par opposition aux visées de professionnalisation ou de formation que les termes « convivial et informel » sont utilisés. Le concept de soirée est directement issu de celui des veillées qui avaient pour but de divertir.
On pourrait considérer ces soirées comme une version contemporaine des veillées d’antan. Toutefois, le contexte social ayant changé, la tenue d’un tel événement dans un lieu public prend un tout autre sens et sa finalité est différente. En effet, jusqu’à la moitié du XXe siècle, les participants aux veillées provenaient d’une même famille et d'un cercle d’amis, et ces soirées constituaient « le » divertissement par excellence. Aujourd’hui, une veillée ou dans ce cas-ci une soirée, bien que l’activité ait conservé son caractère de divertissement, consiste à renouer avec des musiques et danses rarement entendues ou exécutées dans la société québécoise contemporaine. Ces soirées, en plus de profiter à ceux qui y participent de façon suivie, ont pour objectif de faire connaître à la population lavalloise son patrimoine musical et dansé.
Dans ses ouvrages sur l'histoire des Bois-Francs en 1914, l’Abbé Charles-Édouard Mailhot rappelait « qu'il se passait rarement une journée, surtout en hiver, sans qu’il y eût veillée à quelque endroit et à propos de n’importe quoi, et souvent à propos de rien du tout. On avait l’habitude de donner chacun son repas. On commençait ordinairement à Noël et on finissait au mardi gras. Tout le temps du carnaval, ce n’était ni plus ni moins qu’une succession de soupers, d’un voisin à l’autre. On aimait à se réunir en compagnie, à causer des vieilles paroisses, des parents et des amis laissés sur les bords du fleuve ». 


Apprentissage et transmission


Soirée de musique et danse traditionnelles, parc des Prairies, 2011, © IREPI

D’un point de vue musical, la participation à une soirée au parc des prairies est une occasion d’apprentissage pour les amateurs. Ils peuvent jouer auprès de musiciens chevronnés tels que Marcel Pigeon, reconnu pour son répertoire unique légué par son grand-père Arthur Pigeon. Marcel Pigeon est membre des Danseurs et musiciens de l’Île Jésus depuis 20 ans et se fait une fierté de maintenir la tradition musicale québécoise bien vivante dans cette région qu’il a adoptée. Le répertoire musiqué et dansé est de tradition québécoise, surtout le set carré, quadrille, brandy, la gigue ou la valse. Durant les soirées, Marcel Pigeon est le chef musical et doyen du groupe. C’est à lui que sont adressées les demandes spéciales. Les danses, dont la pratique est conservée dans la mémoire de quelques-uns, sont montrées avant chaque exécution. Les pas de danse et les figures chorégraphiques sont enseignés comme une sorte de répétition générale. Cette façon de faire permet l’intégration des non-initiés alors que la danse de groupe est soutenue par les habitués. Quant aux musiciens, c’est par imitation qu’ils suivent les initiés. Le caractère informel de la soirée laisse place à l’erreur et favorise ainsi l’apprentissage par imprégnation. On a aussi recours à l’écrit et aux nouvelles technologies pour transmettre le répertoire. Dans une visée didactique, les mp3 du répertoire joué aux soirées sont disponibles afin de faciliter l’imprégnation auditive de l’apprenti. L’enregistrement sonore en 2011 est partie prenante de l’apprentissage progressif. Cette méthode bien actuelle démontre une adaptation des modes de transmission.
En plus des soirées, l’organisme Danseurs et musiciens de l’Île Jésus organise diverses activités de musique et danses traditionnelles québécoises, et offre aussi des activités en danses internationales. Le but de ces activités, en plus de jouir du plaisir de perpétuer ces traditions, est de conserver et de transmettre le patrimoine musiqué et dansé du Québec. À cet effet, l’organisme offre des ateliers de musique pour les musiciens désirant parfaire leur répertoire. Les ateliers de musique sont offerts par types d’instruments, accordéon et violon une fois semaine au Centre de création des arts de Laval et sont dirigés en alternance par Marcel Pigeon et Germain Leduc.

Historique général


Lionette Latulippe et Denise Paquette, parc des Prairies, DMIJ, 2011, © IREPI

L’événement Musiques et danses traditionnelles québécoises au parc des Prairies de Laval a été créé en 2007 par les Danseurs et musiciens de l’Île Jésus. L’historique de ces soirées s’entremêle à celui de l’organisme instigateur puisque l’activité s'inscrit dans la continuité des soirées qui existent depuis la naissance du groupe. L’organisme les Danseurs et musiciens de l’Île Jésus a été fondé le 13 janvier 1978 par un groupe d’amis qui pratiquait les danses du répertoire international et québécois. La constitution en forme légale de l’organisme a permis de structurer les activités et de solidifier l’engagement des membres. On peut lire dans l’historique diffusé sur le site web de l’organisme que le nom provient de Lise Pelletier-Morin qui a assuré la direction artistique des activités pendant sept ans. Elle a ensuite été aidée par Guy Leroux pour les sept années suivantes.
Dans l’historique, on peut lire qu’au début les membres se réunissaient pour danser sur des musiques enregistrées. Puisqu'il existait de très nombreux enregistrements musicaux pour la danse internationale, les danses enseignées et pratiquées étaient puisées à 90% dans ce répertoire. Mais l’ambition de Lise et André Morin de développer un répertoire de danse québécoise a amené le groupe à constater la difficulté de recruter des musiciens pour alimenter la pratique de cette tradition habituellement dansée et musiquée. C’est à l’initiative de Guy Leroux que des musiciens se sont regroupés afin de jouer avec les Danseurs de l’Île Jésus un répertoire commun. À l’encontre de la rupture de transmission et de pratique du patrimoine musical et dansé québécois, l’organisme a su instaurer et maintenir depuis 40 ans des activités de revitalisation du patrimoine immatériel québécois. Les soirées de musiques et danses traditionnelles informelles du parc des prairies à Laval en sont l’expression vivante.


Documentation

Les veillées d’antan, selon l’Abbé C.-É. Mailhot, Archives Mnemo : http://www.mnemo.qc.ca/spip/bulletin-mnemo/article/les-veillees-d-antan-selon-l-abbe

Sources

  • Nom du facilitateur ou des facilitateurs : Monique Provost
  • Date d'entrevue : 2011-07-21
  • Nom de l'indexeur ou des indexeurs : Monique Provost

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Photos

  • Marcel Pigeon et compagnie au parc des Prairies, 2011, © IREPI
  • Soirée de musique et danse traditionnelles, parc des Prairies, 2011, © IREPI
  • Lionette Latulippe et Denise Paquette, parc des Prairies, DMIJ, 2011, © IREPI
  • Ensemble de musiciens au parc des Prairies, DMIJ,2011, © IREPI
  • Violon et mandoline, Soirée de musique et danse, parc des Prairies, DMIJ, 2011, © IREPI

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