Mariette Manigouche

Fabrication de mocassins

Personne

Intérêt patrimonial

Mariette Manigouche, artisane du cuir, détient plus de 40 ans d’expériences en fabrication de mocassins. Elle a d’abord appris les rudiments au contact de sa mère, puis par la pratique. Le musée amérindien de Mashteuiatsh contribue à faire connaître l’artisanat traditionnel ilnu, tel que les mocassins, aux membres de la communauté et aux touristes en allouant un espace aux artisans pour l’exerce de leur savoir-faire.

Description de la pratique, du savoir ou du savoir-faire


L'artisane Mariette Manigouche confectionne des mocassins en cuir d'orignal depuis l'âge de 20 ans. La fabrication des mocassins nécessite une très grande dextérité manuelle et un savoir-faire appris et développé sur une longue période de temps. La première étape est le choix du cuir. La deuxième étape est la réalisation du patron et sa taille sur papier selon les dimensions désirées. Avec le patron, elle peut tracer les pièces dans le cuir et ensuite les découper aux ciseaux. Un mocassin est composé de trois pièces principales: le dessus, le pied (semelle) et le contour de la cheville. Mariette Manigouche assemble ces trois pièces en les cousant à la main. Pour ce faire elle utilise une aiguille à coudre, du fil résistant ainsi qu'un bon dé à coudre. L'étape la plus difficile à réaliser est le plissage du cuir à l'extrémité avant du mocassin. Faire un pli régulier n'est pas une mince tâche et s'apprend avec la pratique. À l'occasion, l'artisane utilise sa bouche pour assouplir le cuir. Une fois la forme du mocassin obtenue, Mariette Manigouche procède à sa décoration, soit au moyen de la broderie, du perlage ou des deux techniques à la fois. Sur le mocassin sont représentés différents motifs comme les fruits, les fleurs et les animaux. Les couleurs vives des perles et du fil utilisés contrastent avec la couleur claire du cuir et rendent les chaussures uniques. Le lacet est davantage une décoration qu'un élément utilitaire. Enfin, le mocassin doit préférablement être ajusté au pied de son porteur dès le départ car le cuir s'étire de un demi pouce avec le temps.
Le cuir utilisé n'est pas traité, mais le lavage est possible avec de l'eau savonneuse et une petite brosse. Lors du séchage, le cuir du mocassin doit être travaillé avec les mains de façon à le rendre plus souple. Les mocassins peuvent être portés durant des années (selon l'utilisation et le port à intérieur ou à extérieur) et raccommodés ou réparés avec des doublures de cuir cousues par-dessus la semelle. Pour cette raison entre autres, Mariette Manigouche conserve toutes les retailles de cuir et celles-ci peuvent servir à tout moment. La peau d'orignal est la plus souvent utilisée, elle provient d’animaux chassés dans la région. Plus rarement, le cuir de caribou est utilisé, mais celui-ci provient des régions nordiques du Québec. Avant, un traitement s'impose: le poil doit être coupé avec un couteau et le côté de la viande doit être nettoyé; la peau sèche ensuite sur un support de 15 à 20 jours selon la température extérieure. Mariette Manigouche aime faire toutes les étapes requises pour réaliser les mocassins et souhaite en faire encore très longtemps, car c'est une passion pour elle. Elle indique que d'autres personnes de la communauté font des mocassins, dont des jeunes. Cela contribue à la vitalité de cette pratique traditionnelle.
Mariette Manigouche consacre aujourd'hui de 2-3 jours pour faire une paire de mocassins. Les mocassins sont fabriqués au musée amérindien de Mashteuiatsh et parfois au domicile de l'artisane. Les mocassins sont vendus sur commande ainsi qu'à la boutique du musée amérindien, avec les produits d'autres artisans, ce qui crée une belle visibilité étant donné la renommée de cette institution culturelle. En effet, il s’agit d’un lieu d'exposition, d'animation et de diffusion de la culture des Pekuakamiulnuatsh, seule communauté amérindienne de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Des artisans de la communauté, dont Mariette Manigouche, exercent leurs savoir-faire dans des salles réservées à la fabrication de produits traditionnels ilnus.


Apprentissage et transmission


Mariette Manigouche a appris son savoir-faire lié au travail du cuir au contact de sa mère et sur une très longue période de temps. Comme Mariette Manigouche grandit dans une famille monoparentale comptant quatre enfants, elle désire aider sa mère de façon à subvenir aux besoins de la famille. C'est avec une grande fierté qu'elle pratique l'artisanat dès son jeune âge et confectionne plusieurs objets en cuir comme des bracelets, des colliers et des bandeaux. Elle commence la fabrication des mocassins vers l'âge de 20 ans. Sa mère lui avait déjà montré comment piquer et faire des points. Le plissage du cuir, étape la plus ardue de la fabrication des mocassins, est pour sa part apprise de façon autodidacte et doit être maîtrisée avec le temps, avec de multiples essais. Même avec plus de 40 années de métier, Mariette Manigouche ne se considère pas experte et dit humblement qu'elle «aime le faire!». Personne prête à relever de nouveaux défis, elle a déjà confectionné des gants et projette de faire un manteau de cuir. Mariette Manigouche a montré le piquage à sa fille, mais celle-ci ne pratique pas encore. Pour ce qui est de faire des plis, l'artisane indique que chaque personne doit maîtriser elle-même la technique et le faire de façon autodidacte.

Historique général


La fabrication de mocassins est une activité traditionnelle de plusieurs groupes amérindiens de l'Amérique du Nord. Il s'agissait de la manière ancestrale de se chausser été comme hiver. Comme les raquettes, il existe plusieurs variétés de mocassins propres aux différentes nations autochtones. Les bottes mocassins utilisées l'hiver ressemblent aux mocassins originaux, mais leur hauteur recouvre la cheville et l'isolation est assurée aujourd'hui par l'insertion d'un feutre amovible. Les bottes mocassins conviennent parfaitement à l'emploi des raquettes en babiche pour se déplacer sur la neige. Mariette Manigouche, comme ses parents, est originaire de Mashteuiatsh et y demeure depuis sa naissance en 1951. Elle compte bien y rester, car elle est très attachée à ce lieu, à sa communauté ilnue. Pendant de nombreuses années, elle travaille dans sa communauté en tant qu'aide à domicile chez les personnes âgées. Aujourd'hui, elle se consacre entièrement à son deuxième métier, celui d'artisane du cuir, métier qu'elle a toujours exercé parallèlement à ses autres fonctions. Son mari, Bernard Connolly, est également artisan et fabrique des raquettes amérindiennes traditionnelles, qu'elles soient décoratives ou utilitaires. Bien qu'elle procède à la fabrication des mocassins dans une optique traditionnelle, Mariette Manigouche intègre dans son travail certains éléments de créativité en choisissant des modèles décoratifs de son cru et selon son inspiration (pour les broderies et les franges). Elle peut y apposer des fleurs, des fruits (les bleuets par exemple) ainsi que des animaux. Elle possède donc une grande liberté de création.


Localisation complémentaire

  • Site web : www.museeilnu.ca

Sources

  • Nom du facilitateur ou des facilitateurs : Pascal Huot, Mathieu Tremblay
  • Date d'entrevue : 2008-07-18
  • Nom de l'indexeur ou des indexeurs : Mathieu Tremblay

Sons

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