Chants et tambour sacrés

Stanley Brazeau

Joueur de tambour

Forme d'expression

Intérêt patrimonial

Les chants accompagnés des tambours sacrés rythment les événements festifs et rituels traditionnels des Anishnabes, tels que les pow wow. Stanley Brazeau et son groupe les Screaming Eagles, intègre à la fois des chants d’autres communautés et leur propre composition en langue anishnabe. Ainsi, la communauté Anishnabe renoue avec les traditions et la spiritualité autochtones comme les chants et le son du tambour

Description de la forme d'expression


Stanley Brazeau est le premier de sa communauté à avoir ramené un tambour à partir duquel, avec d'autres chanteurs, il a formé les Screaming Eagles du Lac Simon, groupe de chanteurs traditionnels. Le groupe est composé d'une dizaine de jeunes adultes qui interprètent des chants rythmés au son d'un tambour selon une tradition venue de l'Ouest du pays. Un chanteur soliste (lead singer) choisit et apprend les chants à partir d'albums ou de répertoires échangés avec d'autres et il les monte avec le groupe. Il existe différents types de chants dont certains possèdent un sens sacré, entre autres les chants de guérison et les chants d'honneur. Les chanteurs pratiquent en moyenne deux fois par semaine pendant la saison estivale et à l'occasion pendant l'hiver. Ils se produisent principalement lors du Pow wow annuel du Lac Simon auprès d'autres groupes de chanteurs provenant du Québec, de l'Ontario et des provinces de l'Ouest. Les Pow wow servent en effet de lieu d'échange de techniques de chant ou de rythmes et de répertoires entre les groupes. Ceux-ci jouent habituellement chacun leur tour, et il arrive que tous les groupes chantent un même chant à l'unisson. C'est toujours le groupe invité qui choisit les chants. Ces chants sont accompagnés de danses de différents styles interprétées par des danseurs de différentes régions. Les danseurs et les chanteurs constituent des entités complémentaires lors d'une prestation, les premiers représentant la sphère féminine et les seconds celle masculine. Les Screaming Eagles chantent aussi lors d'évènements spéciaux où ils sont invités, par exemple au Forum entrepreneurial autochtone qui se déroule en septembre 2008. Le tambour utilisé par le groupe et qui rythme les chants rappelle les battements du cœur de la Terre et de ses entités, comme les arbres, les pierres et le cœur des Hommes. La communauté du Lac Simon possède quatre tambours, dont un qui a près de 100 ans et qui a été donné par un chanteur cri de Saskatchewan venu il y a une dizaine d'années dans la communauté. Ce tambour avait appartenu au chanteur ainsi qu'à son père et à son grand-père. Il a été échangé contre un autre que possédaient les chanteurs du Lac Simon. Un autre tambour, fabriqué par un Amérindien de Mont-Laurier, a été prêté à la communauté et pourrait éventuellement être acquis. Lorsqu'un tambour arrive dans une communauté, les chanteurs organisent une cérémonie d'arrivée constituée de chants et d'un festin pour souhaiter sa bienvenue. Stanley Brazeau compare cette cérémonie à celle qu'on organise lors de la naissance d'un enfant ou par respect lors de la visite d'un aîné. Ainsi, on octroie au tambour un caractère sacré. Lors de performances publiques, on place le tambour à plat au sol sur une de ses peaux, et les chanteurs placés autour jouent tous simultanément les mêmes rythmes accompagnant les chants. Il arrive qu'on dépose au centre du tambour du tabac, plante sacrée par excellence chez les Amérindiens, qui établit une connexion avec le « grand-père », le Créateur, juste avant de jouer. Ce geste est souvent effectué sur demande spéciale. Le groupe Screaming Eagles du Lac Simon se produit lors d'évènements spéciaux tels les Pow wow ou les rencontres entre nations amérindiennes. Plusieurs groupes de chanteurs peuvent être invités à la fois. Dans le cas du Pow wow annuel du Lac Simon célébré à Val-d'Or, les six groupes se sont placés les uns aux côtés des autres sous un chapiteau, face à l'espace où sont effectuées les danses traditionnelles. Les chanteurs de chaque groupe se placent autour du tambour, tenant une baguette à la main pour rythmer les chants.


Apprentissage et transmission


Stanley Brazeau, intéressé il y a une dizaine d'années à la danse traditionnelle, s'était rendu à un Pow wow en Pennsylvanie où il avait été impressionné par les chants accompagnés d'un énorme tambour qui y étaient joués. Celui-ci avait ainsi ramené un tambour à sa communauté et avait commencé à s'initier au chant à partir d'albums de groupes de chanteurs. Certains le critiquaient, car les chants de Stanley n'appartenaient pas traditionnellement à la culture de la communauté anishnabe du Lac Simon. D'autres jeunes se sont ensuite intéressés au chant et l'un d'entre eux a alors invité un chanteur cri expérimenté provenant de Saskatchewan. Ce dernier a offert une formation d'une semaine à une quinzaine de chanteurs, qui ont acquis ensuite plus d'expériences en enrichissant leur répertoire de chants d'autres groupes. Ils ajoutent aujourd'hui au répertoire commun leurs propres compositions en langue traditionnelle anishnabe. La durée d'apprentissage est assez longue et peut se faire sur quelques mois ou quelques années. L'importance dans cet apprentissage est non seulement de connaître la technique du rythme et du chant, mais aussi de comprendre le rôle du tambour dans ces chants et ainsi la responsabilité de chacun des chanteurs. Stanley encourage les jeunes du Lac Simon à s'initier aux chants en intégrant certains d'entre eux aux pratiques du groupe Screaming Eagles pour qu'ils développent la technique et l'habileté requises. Celui-ci souhaite que les jeunes puissent ensuite voler de leurs propres ailes et former à leur tour un groupe de chanteurs.

Historique général


Le chant au tambour est une pratique traditionnelle que pratiquaient les Anishnabes du Lac Simon. Au lever du soleil, sur les berges du lac où se trouvait le campement traditionnel, on chantait pour communiquer avec les ancêtres en utilisant un petit tambour sur lequel on frappait quatre coups symbolisant un remerciement au Créateur pour la vie et les beautés de la nature. Cette tradition se pratiquait encore il y a 70 ans. Mais elle a été fortement dévalorisée par les missionnaires oblats qui venaient convertir les Anishnabes au catholicisme, pour ensuite être mise de côté. La transmission des chants traditionnels anishnabes n'a pas été effectuée chez les générations actuelles, mais l'intégration de nouveaux chants amérindiens issus de traditions exogènes permet toutefois à un grand nombre de communautés de chanter ensemble un répertoire qui se transmet à travers l'Amérique du Nord et dont le style musical et la technique peuvent être adaptés aux réalités et à l'esthétisme de chacune des communautés. Stanley Brazeau s'intéresse aux traditions de ses ancêtres depuis un certain moment. En grandissant, il a développé de bonnes relations avec les aînés qui possédaient encore les savoirs traditionnels et il s'est davantage intéressé à la sphère spirituelle de sa culture. Il s'implique aujourd'hui auprès des jeunes de sa communauté et travaille en relation d'aide avec eux. Il les introduit aussi aux traditions anishnabes et à la spiritualité autochtone. Le style musical du tambour n'est plus celui qui était joué traditionnellement chez les Anishnabes. Mais les nouvelles générations ont intégré l'esthétisme musical des chants de l'Ouest qui correspondent aux prières adressées traditionnellement au Créateur.


Documentation

Aller voir les nombreux clips existants sur les chants au tambour dans les Pow wow, entre autre celui qui a été organisé par la communauté du Lac Simon en juillet 2008. « Val-d’Or Pow wow 2008 ».

Sources

  • Nom du facilitateur ou des facilitateurs : Elise Bégin
  • Date d'entrevue : 2008-08-22
  • Nom de l'indexeur ou des indexeurs : Élise Bégin

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